Journal – 9 avril

Ce fut ainsi que petit à petit nous avons commencé apprécier la compagnie de l’autre et à devenir de plus en plus proches. La fin de l’année scolaire se pointait déjà lorsque nous étions devenus amis.

Cette année-là, Nicolas réussit tous les examens avec succès. Il n’avait donc plus de raison de venir chez-moi. Néanmoins, un soir où j’étais assise sous la véranda et que j’admirais les ombres reflétées par le feuillage, je le vis venir vers moi en souriant.

Il tenait quelque chose dans sa main fermée, et tout en s’approchant de moi il m’avait dit : « Ferme tes yeux ; j’ai un cadeau pour toi. ». Puis, de ses doigts qui soudainement tremblaient, il avait refermé autour de mon cou un collier de fausses perles blanches. C’était pour me remercier de l’aide que je lui avais apporté, murmura-t-il en s’excusant presque de m’offrir ce bijou.

Émue par ce geste, j’avais consenti à aller faire une promenade avec lui. Nous avions marché en silence jusqu’à ce que nous fûmes près de la rivière située de l’autre côté de la ferme de mon père. Nous étions au bord de l’eau lorsque Nicholas dit qu’il avait besoin de se reposer un peu.

Je m’étais donc assise sans dire un mot. Cet endroit était si beau et si calme. Un chant paisible semblait être porté par le ruisseau qui coulait gaiement, et la forêt qui servait de toile de fond s’agençait bien avec le ciel clair de cette soirée de fin juin. Subitement, Nicholas s’était approché de moi et avait touché mon visage du bout des doigts. Il m’avait dit : « Tu es belle tu sais. ».

Puis, il m’avait embrassée. Tout autour de moi dansait et j’entendais une musique dont l’écho semblait venir de loin. Un frisson me parcourut l’échine lorsque ses mains caressèrent la peau nue de mes bras. Il me regarda droit dans les yeux et m’allongea dans l’herbe haute, près du grand sapin qui semblait être le gardien de cette rangée d’arbres tous aussi fiers les uns que les autres.

Ce fut à cet instant que je vis le ciel changer de couleur pour devenir encore plus majestueux. Comme si toute la nature avait été complice du moment, ni le temps, ni l’espace, ni les gens qui auraient pu venir ne comptaient plus. Je me suis donnée à lui comme la fleur s’ouvre pour accueillir l’abeille. Généreuse, silencieuse ; et surtout humble et candide, car c’était ma première fois, alors que lui devait tout savoir.

Il avait été si tendre et si doux que ce souvenir devait rester pour toujours gravé en moi. Cette sensation de bien-être que je ressentis, ainsi que l’impression d’être maintenant devenue une femme complète, marquerait à jamais ma vie. 

Delvina Lavoie

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